4.

Je ne jamais aimais le jour de ma fête. Je ne sais pas pourquoi. Je m’enfuyais sous le lit quand mes parents, venaient, avec cadeaux m’embrasser. Leur geste éveillait en moi un sentiment de profond malaise alors que j’étais un enfant manifestement aimé. Y a-t-il une relation de cause à effet avec mon prénom de Jacek que je n’aimais pas ? Hyacinthe en polonais Jacek était, d’après Larousse, au XII siècle un religieux chargé par st Dominique d’installer les frères Dominicains en Pologne, il fut canonisé en 1594 et c’est donc pas une mauvaise référence. Pourquoi donc, depuis toujours mon prénom éveille en moi un rejet, me donne le sentiment de ne pas m’aller, de me ridiculiser même? Il m’est arrivé d’imaginer que mes parents ne me l’ont peut-être pas donné par goût mais pour affirmer leurs polonitude, notre polonitude familiale, alors que pendant la guerre contre l’Allemagne ils portaient un patronyme à consonance germanique. Les voisins, plus tard tristement célèbres « Les voisins »… les ont peut-être poussés à faire le choix de Jacek par simple précaution?

Et pourquoi ne pas accepter et admettre ce geste, pourquoi ne pas l’aimer, pourquoi ne pas accorder à mes parents le droit d’être précautionneux plus qu’aimants, pourquoi ne pas mettre mon « Jacek » aux pertes et profits de la comptabilité générale de mon patrimoine et prendre ma vie avec à bras le corps ?

3.

Il est nécessaire de se constituer et de poser un cadre dans et sur lequel fonctionner. Je n’ai rien pratiqué de tel durant de longues années et c’est une carence sérieuse concernant mon passé ainsi qu’une consigne pleine de bon sens concernant mon futur.
Est-il nécessaire de connaître la cause de ce manquement grave au bon sens ? Il est sans doute mieux de l’identifier quant au passé pour mieux l’identifier et mieux l’éviter à présent et à l’avenir.
Je crois qu’il est possible de dire qu’au départ qu’à mes débuts je refusais toutes les consignes raisonnables auxquelles j’ai pu me trouver confronté, et j’accordais une priorité absolue à « la vérité révélée » qui m’a été proposée par la religion et son église. Le cadre m’étant proposé par l’enseignement de l’église, qui était celle de mes parents aimés et aimants, j’ai fait tout mon possible pour en être un digne et exemplaire bénéficiaire, réceptacle, receveur, membre, bref pour en être.

Les nombreuses feuilles sur lesquelles j’ai noté plus tard mes pensées témoignent d’une sorte d’état de piège dans lequel je me trouvais placé par moi-même mais dont il m’était impossible de m’échapper.
Il serait intéressant de déterminer ma responsabilité personnelle dans la situation dans laquelle je me trouvais : à quel point étais-je et suis-je responsable du piège dans lequel je me trouvais capturé. Je ne suis pas l’auteur de l’Église catholique. Jésus l’était ? Était-il l’auteur de la religion catholique, et de son église, celle à laquelle adhère le peuple chrétien dont mes parents et moi-même ? À quel point j’en suis personnellement responsable et à quel point cette responsabilité est partagée avec d’autres pour devenir une coresponsabilité. Et le peuple chrétien lui-même, à quel point est-il responsable de son engagement dans le projet émanant de la sainte Église. À quel point un peuple (chrétien) peut-il de lui-même choisir de ne pas l’être ?

2.

Je me trouve dans un cul-de-sac. Emprisonné au-delà des paroles, condamné à une logique illogique, je sais que prendre la parole est comme rejoindre la rive, elle me sauve de noyade, mais elle me condamne à abandonner mon milieu préféré qui, en même temps n’est pas bon pour moi. Cet un élan qui me pousse à donner préférence à un milieu mortel qui me donne pourtant le sentiment d’y être chez moi. Serais-je programmé à me faire du mal à moi-même ? Ce n’est pas que je cherche à me donner la mort, je cherche un état de grand risque, parfaitement contrôlé, qui m’apaise. Je sais que le danger n’est pas réel, mais me frotter jusqu’au sang m’appelle à la vie…

1.

Ce matin-là je me suis levé avec envie de commencer une nouvelle vie. Ça y est, les concerts s’est fini. L’ultime, celui d’hier soir à la Salle Negresco a eu son succès, le public enthousiaste avec sa standing-ovation de trois quart heure, Daltonizzo franchement ému il en a vu d’autres pourtant dans sa longue carrière d’agent artistique, les musiciens d’orchestre avec larmes aux yeux. Brigitte évidemment n’était pas là. Au diable Brigitte, le monde ne s’arrête pas parce que Brigitte…
Dehors le temps est splendide avec ce magnifique soleil printanier, temps idéal pour un petit déjeuner sur la terrasse et le bon café. La nouvelle vie commence.